Travailler à armes égales - Souffrance au travail : comment réagir



Après "Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés", Marie Pezé, psychologue clinicienne et psychanalyste, poursuit ses réflexions dans un nouvel ouvrage. "Si le travail peut faire souffrir, c’est avant tout parce qu’il est porteur de nombreuses promesses", dit-elle. Promesse de l’utilisation et du développement des capacités physiques et mentales, promesse d’accomplissement de soi et d’émancipation sociale, promesse du vivre ensemble et du dépassement des fragilités infantiles… Celui qui travaille donne souvent sans compter à un monde du travail qui, lui, ne fait que compter. Investi corps et âme, on comprend qu’il ait du mal à prendre de la distance, à défendre ses droits, à trouver des appuis. Le rapport de forces est inégal entre la partie faible, le salarié, et la partie forte, l’entreprise.


Marie Pezé nous livre ici les outils élaborés par le réseau de prise en charge de la souffrance au travail, avec Rachel Saada, avocate spécialiste en droit social et Nicolas Sandret, médecin inspecteur du travail : mieux connaître le droit du travail et les implications d’un contrat, savoir reconnaître et dénoncer les techniques de management pathogènes, apprendre à décrire son travail et les raisons de sa dégradation, connaître les acteurs de prévention dans et hors de l’entreprise et le rôle qu’ils peuvent jouer… Ce livre est une arme pour sortir de la solitude et renouer avec les promesses du travail.


Cet ouvrage montre bien qu’approcher la souffrance au travail uniquement de façon individuelle et considérer les individus comme des victimes face à des harceleurs, conduisent à une impasse et à des conflits douloureux, qui ne permettent pas de faire évoluer les choses. Pour Marie Pezé il faut sortir de la plainte individuelle pour se déplacer sur le terrain du travail en lui-même (on retrouve les idées d’Yves Clot). Parvenir à expliquer en quoi les conditions de travail, l’organisation du travail ont amené à cette souffrance, à ce mal-être qui peut aller jusqu’à la dépression, voire au burn out.


A travers différents exemples de patients dont elle détaille les entretiens réalisés dans le cadre de consultations spécialisées, qui tous aimaient leur travail et étaient très impliqués dans leur métier, elle revient sur "le chemin causal de la dégradation des conditions de travail", explique les symptômes corporels et mentaux et indique ce qui aurait pu être fait pour éviter d’atteindre une telle souffrance. Après une présentation des différents interlocuteurs ou institutions vers lesquels se tourner et qui peuvent être mobilisés, elle dit à quel niveau doit être placé le débat : le conflit. Non pas le conflit de personnes, de caractères, de méchanceté mais surtout le conflit autour de l’activité de travail et de ses conditions d’exécution, en s’appuyant notamment sur le droit. Elle plaide pour une dispute professionnelle à avoir, plutôt qu’un conflit de personnes ou de classes.


Ce livre se veut constructif et tourné vers la résolution des problèmes afin que le travail retrouve du sens et le salarié du plaisir à l’effectuer. Car selon les auteurs, le travail ne doit pas être présenté seulement comme un fardeau, un lieu de douleur mais aussi comme un puissant moteur individuel et social. Or, comme l’explique Marie Pezé, pour surmonter sa peur et sa souffrance, il faut d’abord la comprendre et savoir la décrire. Surmonter sa peur, c’est aussi savoir quoi dire collectivement et donc par les échanges sur le travail avec les collègues, le collectif, l’équipe. Enfin, savoir surmonter sa peur, c’est connaître ses droits et ses devoirs. Afin de ne plus être une victime mais un sujet de droit et d’action.



 

 

<< Retour page précédente

Copyright © 2015 La CGT